L’enjeu est d’importance puisqu’aucune version de Daphnis et Chloé n’existe pour l’heure au répertoire des grandes compagnies classiques et contemporaines. Créé en 1912, un an avant Le Sacre du Printemps de Stravinski par les mêmes ballets russes de Diaghilev – une œuvre également présentée cette saison – le ballet symphonique de Maurice Ravel prend sa source dans un texte attribué à l’énigmatique Longus, auteur gréco-romain du second siècle après J.C. Cette pastorale antique, d’une très grande sensualité, raconte la découverte de l’amour par Daphnis et Chloé, jeunes bergers de Lesbos et comment l’un et l’autre échappent à différents périls avant de se retrouver. La partition de Ravel – sans doute l’un de ses plus absolus chefs-d’œuvre – est somptueuse, intègre un chœur mixte au tissu orchestral et révèle des couleurs à la hauteur de la Grèce mythique rêvée par le compositeur, plus proche de celle dépeinte par les artistes français de la fin du xviiie que de son original archaïque. Lucinda Childs, figure de proue de la post-modern dance américaine, – on citera pour mémoire ses collaborations avec Merce Cunningham, John Cage, Philip Glass, Robert Wilson, Barychnikov ou Luc Bondy… – a elle-même quelque peu modifié l’argument pour permettre au Ballet du Grand Théâtre de Genève d’explorer plus librement l’imaginaire antique qu’elle a redessiné. A l’intimité des solos et duos succèdent des affrontements figurés par de grands ensembles aux élans fluides et aux gestes amples qui sont la signature de la chorégraphe. Une superbe production qui a bénéficié de moyens conséquents et permettra également d’entendre l’Orchestre de la Suisse romande et les chœurs du Grand Théâtre dirigés par Patrick Davin.
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