« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas »
Matthieu. XXIV,35
Des cinq Passions composées par Johann Sebastian Bach (1685-1750) – d’après la chronologie établie par Milzner, quatre ans après la mort du Kantor de Leipzig – trois seulement nous sont parvenues : saint Jean, saint Matthieu et des fragments de saint Marc. Conforme à l’esprit du luthéranisme, le texte de la Passion selon saint Matthieu s’appuie sur la lettre de l’évangile de l’apôtre, plus précisément sur les chapitres XXVI et XXVII, du repas précédant la Pâque à la crucifixion au Golgotha. Aux versets de Matthieu s’ajoutent 28 textes de libre invention poétique de la main de Picander, Christian Friedrich Henrici de son vrai nom.
Oratorio à deux chœurs d’une théâtralité et d’une intensité dramatique exceptionnelles illuminant l’une des architectures parmi les plus imposantes et complexes du maître – douze airs solistes, dix ariosos, deux airs avec chœur, duos, chorals harmonisés,
récitatifs… – la Passion selon saint Matthieu est bien l’une de ces cathédrales de l’esprit «entièrement ouvrée, avec ses pinacles, ses chapiteaux, ses rosaces, ses détails sculptés jusque dans les immenses portails des chœurs». Loin de l’emphase et du gigantisme orchestral qui n’en glorifiait hier que la monumentalité, l’interprétation de Jean-Claude Malgoire s’attache aujourd’hui à révéler la profonde humanité de ce qui reste avant tout une Passion, qu’on l’entende dans son acception latine « une souffrance», ou, plus proche de nous, un embrasement du cœur qui brûle de ferveur et de grâce.
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