Olivia Grandville ø
Chorégraphe

Un toit sur la tête, un lieu où poser ses bagages, où accueillir sa famille, un nouvel espace à habiter, à vivre et à faire vivre. Voilà ce que représente pour moi le fait d’être associée à ce Théâtre pour trois ans. J’ai envie en tout cas d’y réfléchir de cette manière comme je le ferais d’une nouvelle maison à investir : découvrir un paysage, se laisser inspirer par une architecture, rencontrer les voisins,
inviter des amis, converser, discuter, faire la fête …

Un lieu de travail sur la durée, dans le contexte de précarisation de nos métiers, c’est non seulement un outil précieux mais presque la condition sine qua non de notre survie. Au-delà de cette dimension essentielle, c’est aussi l’opportunité de déployer différents modes de relation avec les publics, de faire partager une démarche, des processus de travail, un fonctionnement de pensée. C’est dans ce sens que j’ai imaginé un projet qui croise la dimension pédagogique de ma mission et mon travail de création. Ce projet qui se déclinera sur les trois années, je l’ai nommé l’« En–Jeux » car il s’agit bien de me mettre en jeu dans un tissu social tout en définissant au plus près mes enjeux artistiques et peut être aussi d’introduire du jeu dans la relation trop figée entre le spectateur et les œuvres qui lui sont données à voir.

Proposer des formats divers, déplacer les points de vue, autour des rendez-vous de création « officiels », imaginer des rencontres plus festives ou plus réflexives sont autant de moyens d’aller à la rencontre d’un public nouveau et hétérogène. C’est aussi rester fidèle à mon travail qui procède par fragments, par faisceaux ; et une réponse possible à la morosité ambiante, l’envie de chercher des modes de création collectifs, réactifs, et récréatifs.
Le premier volet de ce projet réalisé en collaboration avec l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles sera présenté au mois de juin dans le cadre de
Lignes de fuite #2.

Olivia Grandville

En préfiguration de sa résidence, Olivia Grandville présentera dans nos murs sa prochaine création Gracieuse les 4, 5 et 6 novembre au Petit Théâtre.

Yves Beaunesne ø
Metteur en scène

Le théâtre doit être utile, futile et révélateur. C’est pourquoi je suis si bien à Saint-Quentin-en-Yvelines, loin de la logique médiatique qui voudrait que vous soyez toujours plus grand, toujours plus fort. Là, j’ai le sentiment de ne pas être en visite, en curieux, mais de prendre racine par en haut et par en bas. Dans les Yvelines, pas de jalousie, ce crime par excellence, cette démission du coeur et de l’esprit.
Le théâtre est un des rares lieux où l’on peut créer une relation avec ce que les gens ont de plus profond. Les médias télévisuels mènent à l’isolement. Le théâtre a une fonction de pont, il permet de sortir de cette solitude et d’éveiller le désir d’un autre monde. Voilà ce que j’aime imaginer dans cette association artistique avec une équipe toute à l’écoute du processus créateur.
Après ce bonheur que fut pour moi la création à Saint-Quentin-en-Yvelines d’Oncle Vania, j’envisage d’approfondir mon rapport à l’art de la marionnette, abordé il y a deux ans lors de mon travail sur La Princesse Maleine de Maurice Maeterlinck. L’occasion en est la découverte de Peter Hacks, auteur dramatique allemand contemporain né en 1928 et décédé en août 2003, et qui a travaillé longuement avec Bertolt Brecht. Il est l’auteur d’une quinzaine de pièces, dont le cristal rare est Conversation chez les Stein sur Monsieur de Goethe absent, monologue pour une comédienne et un "empaillé", que je vais créer avec la si merveilleuse Christiane Cohendy et un marionnettiste.
C’est une pièce incroyable sur la difficulté d’aimer, sur la difficulté d’admettre qu’on aime, sans réclamer des preuves à l’autre.
Le travail d’animation théâtrale, riche et indispensable à la création, se développe avec bonheur à travers les ateliers, les rencontres, les lectures, les répétitions ouvertes, les débats et tout ce qui reste à inventer. Un autre moment de fructueuse rencontre aura été le travail de
Chassé-croisé avec un chorégraphe et un créateur-son lors de la 1re édition de Lignes de fuite.

Yves Beaunesne

Dans le cadre de sa résidence, Yves Beaunesne présentera dans nos murs sa prochaine création Conversation chez les Stein sur Monsieur de Goethe absent les 20, 21, 22, 25 et 26 janvier
au Petit Théâtre.



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